T La Trinité présentée en étapes successives et en 3 niveaux de profondeur

Un même sujet, plusieurs profondeurs

Comprendre la Trinité, à votre rythme.

Huit étapes, des premiers écrits chrétiens aux débats d'aujourd'hui. Commencez par l'essentiel, explorez le contexte, puis ouvrez les sources. Ici, chaque lecteur choisit jusqu'où il souhaite aller.

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LE SUJET LA TRINITÉ Histoire d'une formulation Découvrir Comprendre Approfondir
8 étapes 3 profondeurs de lecture 26 repères chronologiques 4 marqueurs de statut 33 passages consultables 5 traductions sur 16 versets-clés Grec & hébreu · 59 mots au lexique

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Un même parcours.
Trois façons de le lire.

Vous pouvez changer de niveau à tout moment, sans perdre le fil de votre lecture. Les niveaux sont cumulatifs : Comprendre ajoute du contexte ; Approfondir ajoute les nuances. Les durées sont indicatives, hors passages ouverts et pauses. Votre dernière étape et votre niveau sont conservés dans ce navigateur, si son stockage est disponible.

Pour commencer, choisissez Découvrir et suivez les huit étapes. Une référence comme « Jean 1:14 » signifie : évangile selon Jean, chapitre 1, verset 14. Les références ouvrent le texte dans un panneau que vous pouvez refermer pour poursuivre.

Notre méthode

Comprendre sans confondre.

Texte biblique

Ce que les Écritures disent explicitement, cité et vérifié.

Fait attesté

Ce que les documents permettent d'établir et de dater.

Lecture d'une tradition

Ce qu'une communauté affirme dans sa foi et son interprétation.

Reconstruction d'historiens

La manière dont les chercheurs expliquent les faits — et leurs désaccords.

Une distinction visible à chaque étape — pour les croyants, les curieux et les chercheurs.

Où vous en êtes · étapes
À quelle profondeur

Deux réglages : l'étape choisit le sujet, la profondeur choisit l'épaisseur du texte. Monter d'un cran ajoute, rien ne retranche.

Étape 1 sur 8

De quoi parle-t-on au juste ?

Que signifie l’affirmation « un seul Dieu en trois personnes » ?

Un repère pour commencerPersonne et natureAfficher la définitionMasquer la définition

Dans ce vocabulaire, la nature désigne ce que Dieu est ; les personnes désignent le Père, le Fils et l’Esprit dans leurs relations distinctes. « Trois personnes » ne veut pas dire trois dieux séparés.

Lecture de la tradition trinitaire

La doctrine de la Trinité tient ensemble trois affirmations : il n’y a qu’un seul Dieu ; le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont chacun pleinement Dieu ; ils sont réellement distincts. Le Père n’est pas le Fils, le Fils n’est pas l’Esprit, et l’Esprit n’est pas le Père. Ils ne se partagent pas la divinité en trois parties.

Le Fils, aussi appelé le Verbe ou la Parole, est éternel dans cette doctrine. Sa naissance comme homme n’est donc pas le commencement de son existence. L’incarnation désigne le fait que ce Fils devient humain en Jésus-Christ, sans cesser d’être divin.

La Trinité concerne ainsi l’unité et la distinction du Père, du Fils et de l’Esprit ; l’incarnation concerne le Fils devenu homme. Si Jésus prie le Père, les trinitaires y voient la relation réelle du Fils au Père, vécue aussi dans sa condition humaine. D’autres lectures comprennent différemment cette relation.

Repère historique

Le mot « Trinité » n’apparaît pas dans la Bible. Sa formulation classique se précise au cours des premiers siècles. Les Églises qui la confessent considèrent qu’elle exprime une foi révélée dans les Écritures ; les traditions qui la contestent proposent d’autres lectures. Ce parcours explique comment ces positions se sont formées.

Des mots ordinaires, un usage particulier

« Engendré, non créé » : dans la confession de Nicée, le Fils reçoit éternellement son être du Père, sans être une créature et sans commencer d’exister à un moment. Il ne s’agit ni d’une naissance biologique ni d’un événement situé avant les autres dans le temps.

Une seule nature divine : chaque personne est pleinement Dieu. La doctrine classique ne décrit ni trois individus simplement associés, ni un sujet solitaire qui porterait trois masques successifs. Elle affirme des relations réelles au sein de l’unique être divin. Les mots aident à cerner cette affirmation sans prétendre épuiser ce que les croyants appellent un mystère. Source et contexte ↗

Un même Dieu à l’œuvre : les trinitaires distinguent les missions du Fils et de l’Esprit, mais ne répartissent pas entre les trois des activités indépendantes, comme dans une équipe. L’action divine est commune, même si certains textes en soulignent un aspect particulier.

Le trithéisme désigne une conception à trois dieux ; le modalisme, une conception sans distinction permanente des personnes. Les traditions trinitaires rejettent l’un et l’autre. Les images du soleil ou de l’eau peuvent aider sur un point, mais elles risquent d’induire ces confusions si on les prend comme des explications complètes.

Le vocabulaire grec et latin

La formule grecque devenue classique dit : une ousia (essence ou substance), trois hypostases. En latin : une substantia, trois personae. Ces équivalences se sont établies progressivement : traduire littéralement hypostasis par substantia pouvait faire entendre « trois substances » là où les interlocuteurs grecs voulaient distinguer les personnes.

Théophile d’Antioche emploie triás vers 180 pour parler de Dieu, de sa Parole et de sa Sagesse. Ce témoignage ne doit pas être confondu avec la définition ultérieure. Tertullien emploie trinitas et articule unité de substance et distinction des trois dans Contre Praxéas, au début du IIIe siècle. Source et contexte ↗

Les Cappadociens — Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse — contribuent à stabiliser la distinction entre essence et hypostases dans les années 360-380. L’histoire ne se réduit toutefois pas à un malentendu de traduction : les désaccords touchent aussi la génération du Fils, le statut de l’Esprit et l’interprétation biblique.

On distingue la Trinité économique, Dieu se donnant à connaître dans l’histoire du salut, et la Trinité immanente, Dieu en lui-même. Déduire la seconde de la première demande un raisonnement théologique.

Une question d’histoire et d’interprétationComment décrire la continuité entre les textes du Nouveau Testament et les formulations du IVe siècle ? Les travaux de Kelly, Hanson, Ayres et Anatolios n’accordent pas tous la même place au développement conceptuel et à la diversité des positions. Leur bibliographie permet d’explorer cette question, sans réduire leurs conclusions à une opposition entre invention et simple répétition. Source et contexte ↗

À retenir

La doctrine trinitaire affirme un seul Dieu, trois personnes distinctes et une même divinité. Elle distingue l’existence éternelle du Fils de sa naissance humaine.

Pour poursuivre. Sur quels textes bibliques ces affirmations et leurs contestations s’appuient-elles ?

Étape 2 sur 8

Les textes bibliques invoqués

Comment lire ensemble des textes qui ne répondent pas tous à la même question ?

Un repère pour commencerLire une référence bibliqueAfficher la définitionMasquer la définition

« Jean 1.14 » signifie : évangile selon Jean, chapitre 1, verset 14. Cliquez sur une référence pour lire le passage. « Jean 14.16-17 » désigne les versets 16 à 17.

Quatre ensembles de textes reviennent dans le débat. On les confronte aussi aux passages invoqués pour contester la lecture trinitaire. Les extraits ci-dessous sont en Louis Segond 1910 ; les commentaires proposent des pistes de lecture.

1 · Un seul Dieu

« L’Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. »

La confession d’un Dieu unique est le point de départ du débat.

2 · Ce qui est dit du Fils

« La Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. »

Le texte distingue la Parole de celui auprès de qui elle est, tout en lui attribuant le terme « Dieu ».

3 · Ce qui est dit de l’Esprit

« Le consolateur, l’Esprit-Saint […] vous enseignera toutes choses. »

L’Esprit est présenté comme agissant et enseignant. La portée de ce langage est discutée.

4 · Les trois nommés ensemble

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »

Cette formule de baptême associe les trois, sans définir leurs relations avec le vocabulaire des conciles.

Une difficulté à examiner aussi. Jésus dit : « Le Père est plus grand que moi. » Les trinitaires rapportent notamment cette parole à sa condition humaine ou à sa relation au Père ; d’autres y voient une infériorité de nature. Pour évaluer ces lectures, il faut considérer le contexte et l’ensemble des textes.

Ce que la comparaison fait ressortir

Les textes affirment l’unicité de Dieu, parlent du Fils et de l’Esprit et les associent dans plusieurs formules. Ils ne donnent pas une définition conciliaire complète. Les niveaux suivants explorent sept repères, en distinguant observation, interprétation et limites.

Élargir le dossier avant de conclure

Sur le Fils. La confession de Thomas, le passage de Philippiens sur l’abaissement et l’exaltation du Christ, et les textes sur la création occupent une place importante. Leur sens se discute dans des phrases entières : un mot isolé ne remplace pas la lecture du passage.

Sur l’Esprit. Le dossier dépasse deux textes. Jean le présente comme un autre consolateur ; les Actes le font parler et appeler à une mission ; Paul lui attribue une volonté et demande de ne pas l’attrister.

Des formules associant les trois. Une bénédiction et une ouverture de lettre s’ajoutent au baptême. Elles attestent l’importance conjointe du Père, du Fils et de l’Esprit dans les premiers écrits chrétiens.

Les passages invoqués dans les objections

Le Fils ne connaît pas le jour ni l’heure ; il se soumet au Père ; il est appelé premier-né de la création. Ces passages soulèvent des questions différentes : connaissance, autorité, origine, rang. Les différentes traditions doivent expliquer comment leur lecture s’accorde avec les autres textes.

Avant de lire Proverbes 8.22

Dans ce chapitre, c’est la Sagesse personnifiée qui parle. Des auteurs chrétiens l’ont rapprochée du Christ. C’est dans cette lecture que « L’Éternel m’a créée » a été appliqué au débat sur le Fils. Le texte biblique et cette application doivent être distingués. Source et contexte ↗

Quatre premiers repères de comparaison

Repère 1L’unicité de Dieu et la place du Christ

Dans les textes. Paul associe « un seul Dieu, le Père » et « un seul Seigneur, Jésus-Christ » ; Philippiens reprend pour Jésus les mots d’Ésaïe sur le genou qui fléchit.

Lectures proposées. Une lecture voit le Christ inclus dans l’identité du Dieu unique ; une autre souligne le rôle et l’autorité que Dieu lui confère.

Portée et limite. La relation entre ces passages et la confession d’Israël est un argument d’interprétation, pas une formule trinitaire déjà entièrement écrite.

Repère 2Lire les affirmations dans leur phrase

Dans les textes. Jean 1.1 dit « avec Dieu » et « était Dieu ». Colossiens associe « premier-né » et la création de toutes choses en lui.

Lectures proposées. Les lecteurs trinitaires y articulent distinction et divinité ; d’autres comprennent autrement les titres et la médiation du Fils.

Portée et limite. La grammaire et le contexte permettent de comparer les lectures. Le choix ne se résume pas à compter les versets favorables à une position.

Repère 3Plusieurs questions, pas une seule

Dans les textes. Jean 14.28, Marc 13.32 et 1 Corinthiens 15.28 parlent de grandeur, de connaissance et de soumission. Colossiens 1.15 et Apocalypse 3.14 emploient des titres liés au rang ou à l’origine.

Lectures proposées. La tradition trinitaire distingue condition incarnée, relations personnelles et nature divine ; ses contradicteurs peuvent y lire une subordination plus fondamentale.

Portée et limite. Ces familles de questions se recoupent. Aucune ne doit être écartée à l’avance comme sans rapport avec le débat.

Repère 4Des formules liées à la vie des communautés

Dans les textes. Matthieu 28.19 concerne le baptême ; 2 Corinthiens 13.13 est une bénédiction ; 1 Pierre 1.2 ouvre une lettre.

Lectures proposées. Ces usages montrent que la réflexion s’enracine notamment dans la prière et la pratique. Basile s’appuiera sur le culte, mais aussi sur l’Écriture, pour argumenter sur l’Esprit. Source et contexte ↗

Portée et limite. Ils précèdent les définitions conciliaires. Cela ne démontre pas qu’aucune réflexion théologique ne les accompagnait déjà.

Trois repères pour approfondir

Repère 5Les mots éclairent le débat sans le contenir tout entier

Dans les textes. Plusieurs termes admettent des emplois différents. Le lexique indique des possibilités de sens ; le contexte permet de les départager.

Lectures proposées. Les traductions rendent parfois explicite une compréhension du passage. Cela ne suffit à démontrer ni une falsification ni l’équivalence de tous les choix.

Portée et limite. Le débat porte aussi sur la syntaxe, le genre littéraire, les relations entre textes et les présupposés théologiques.

Quelques termes à examiner dans leur contexte
TermeEmplois ou traductions discutésPassage
qanahAcquérir, posséder ; produire ou créer dans certaines lectures
prōtotokosPremier-né ; rang et antériorité à distinguer selon le contexte
archēCommencement, origine, principe ou autorité
harpagmosChose à saisir, à retenir ou avantage à exploiter
morphēForme ; rapport entre manifestation et condition

Dans Proverbes 8.22, Segond et Parole de Vie traduisent par « créée », Darby par « possédée », la NBS par « produite », le Semeur par « donné naissance ». Le comparateur permet de lire chaque phrase. La question de traduction est distincte de celle qui consiste à identifier la Sagesse au Christ.

Repère 6L’Esprit : un dossier propre, à lire dans son ensemble

Dans les textes. Les textes réunis évoquent son enseignement, sa parole, sa connaissance, sa volonté et son action. Actes 5 rapproche le mensonge à l’Esprit du mensonge à Dieu.

Lectures proposées. Les trinitaires y reconnaissent une personne divine ; d’autres comprennent ces expressions comme des personnifications de l’action de Dieu.

Portée et limite. La fréquence des mots ne tranche pas leur portée. Le développement conciliaire de la doctrine de l’Esprit demande une enquête historique ; il ne se déduit pas du nombre de passages sélectionnés ici.

Repère 7Transmission du texte et interprétation sont deux travaux distincts

Dans les textes. Les manuscrits comportent des variantes. Les éditions critiques les comparent pour établir un texte ; les traductions expriment ensuite ce texte dans une autre langue.

Lectures proposées. Les variantes peuvent influer sur un argument théologique. Leur évaluation doit néanmoins reposer sur les témoins, et non sur le résultat souhaité.

Portée et limite. Une modification de copiste n’est pas une décision conciliaire. Pour examiner une accusation précise, il faut identifier le passage, les manuscrits et leurs dates.

Trois variantes célèbres

1 Jean 5.7-8. La forme longue mentionnant le Père, le Verbe et le Saint-Esprit est appelée comma johannique. Absente des anciens témoins grecs, elle est écartée des éditions critiques actuelles. La Segond 1910 donne le texte court : l’Esprit, l’eau et le sang. La forme longue ne doit pas être utilisée comme une formulation apostolique assurée de la doctrine.

1 Timothée 3.16. Les traductions diffèrent notamment entre « celui qui » et « Dieu ». La Segond retient « celui qui », Darby « Dieu ». Le choix dépend ici du texte grec retenu ; il ne permet pas de classer globalement une traduction comme favorable ou hostile à la Trinité.

Jean 1.18. Les témoins diffèrent entre une formulation avec « Dieu » et une avec « Fils ». Plusieurs éditions critiques contemporaines retiennent monogenēs theos. Le sens de monogenēs, souvent rendu par « unique » ou traditionnellement par « unique-engendré », demande aussi une explication. Source et contexte ↗

Philippiens 2.6-11. Ce passage est souvent analysé comme un hymne ou un texte poétique. L’hypothèse d’une tradition antérieure reprise par Paul est discutée ; il n’est pas nécessaire de la tenir pour certaine pour constater que la lettre précède les conciles du IVe siècle.

Comparer avec précisionUne lecture peut être mieux argumentée qu’une autre. Il faut alors montrer pourquoi : vocabulaire, grammaire, contexte, cohérence du raisonnement et histoire de l’interprétation. Reconnaître la sincérité des lecteurs n’oblige pas à déclarer leurs arguments interchangeables.

À retenir

Le débat porte sur la manière d’articuler les textes. Une citation isolée ne remplace pas leur lecture en contexte.

Pour poursuivre. Comment les premières communautés ont-elles formulé leurs réponses avant les grands conciles ?

Étape 3 sur 8

Les premières controverses

Que se passe-t-il pendant les deux siècles qui précèdent le premier concile ?

Un mot à connaîtreModalismeAfficher la définitionMasquer la définition

Doctrine selon laquelle le Père, le Fils et l'Esprit sont trois manières d'être d'un seul sujet, et non trois distinctions permanentes.

Bien avant tout concile, les chrétiens prient le Christ, baptisent « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » et lisent des textes qui parlent des trois. Ce qui leur manque, c'est un vocabulaire commun pour dire comment cela tient avec l'unicité de Dieu.

Plusieurs réponses sont proposées. Certains auteurs comprennent Jésus comme un homme choisi et élevé par Dieu ; d’autres insistent sur l’unité divine au point de refuser une distinction permanente du Père, du Fils et de l’Esprit. Leurs adversaires formulent des objections, et certaines Églises les condamnent.

Deux réponses anciennes et leurs objections

L’adoptianisme. À la fin du IIe siècle, Théodote le Corroyeur représente à Rome une conception de Jésus comme homme. Paul de Samosate, condamné à Antioche vers 268, est souvent rapproché de ce courant, bien que la reconstruction de sa pensée soit discutée. Ses adversaires objectent que cette lecture rend mal compte des textes sur la préexistence du Fils.

Le modalisme, ou monarchianisme modaliste. Noët de Smyrne, Praxéas, Sabellius : Père, Fils et Esprit sont trois modes d'un même sujet. Les adversaires y objectent que, dans cette hypothèse, c'est le Père qui souffre sur la croix — d'où le surnom de patripassianisme. La difficulté : les scènes où le Fils prie le Père deviennent un dialogue avec soi-même.

La théologie du Logos. Justin, Irénée et Origène cherchent à dire la relation de la Parole de Dieu au Père. Leurs formulations ne sont pas identiques : il faut distinguer les auteurs et les étapes de leur pensée. Chez certains, un ordre ou une subordination entre le Père et le Fils s’exprime dans un vocabulaire qui sera discuté au IVe siècle.

Les pièces du dossier

Un témoin extérieur. Vers 112, Pline le Jeune écrit à Trajan que les chrétiens de Bithynie se réunissent avant le jour pour chanter « au Christ comme à un dieu » (Lettres X, 96). Le témoignage vient d'un magistrat romain, qui décrit les pratiques des chrétiens dans une enquête administrative : il atteste une pratique cultuelle adressée au Christ deux siècles avant Nicée.

Une pratique liturgique précoce. La Didachè 7 prescrit le baptême « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Le texte est daté par la plupart des spécialistes de la fin du Ier ou du début du IIe siècle.

Origène formule, dans le Traité des principes, la génération éternelle du Fils : le Fils n'est pas produit à un moment, il est engendré de toute éternité. L'idée sera décisive contre Arius — mais Origène tient aussi des propos subordinatianistes que les deux camps du IVe siècle citeront à leur profit.

Un détail lourd de conséquences. Le synode d'Antioche qui condamne Paul de Samosate vers 268 aurait rejeté le mot homoousios, dans le sens que Paul lui donnait. Ce précédent contribue à expliquer la réticence de plusieurs évêques, en 325, devant un terme qu'ils avaient appris à tenir pour suspect. Athanase lui-même doit s'en expliquer (Sur les synodes, 43-45).

Désaccord entre spécialistes Les Églises possèdent déjà des règles de foi et écartent certaines doctrines : Irénée en témoigne au IIe siècle. Elles ne disposent cependant pas encore d’une formulation trinitaire unifiée dans le vocabulaire du IVe siècle. Il faut distinguer ces normes anciennes de leurs développements ultérieurs. Source et contexte ↗

Source et contexte ↗ Source et contexte ↗

À retenir

La réflexion précède les conciles. Des règles de foi existent déjà, mais les mots et les réponses ne sont pas encore uniformes.

Pour poursuivre. La controverse d’Arius place au premier plan une question : le Fils appartient-il à la création ?

Étape 4 sur 8

Arius et le concile de Nicée (325)

Qu'a-t-on décidé exactement en 325 — et que n'y a-t-on pas décidé ?

Un mot à connaîtreHomoousiosAfficher la définitionMasquer la définition

Mot grec signifiant « de même substance », retenu à Nicée pour dire que le Fils est ce que le Père est. Il ne figure pas dans la Bible, et c'est une objection faite dès l'époque.

Au début du IVe siècle, Arius, prêtre à Alexandrie, distingue le Dieu sans origine du Fils qui reçoit son existence de lui. Pour Arius, le Fils existe avant le monde et dépasse les autres créatures, mais il n’est pas éternel comme le Père. Les adversaires de cette position lui opposent une génération sans commencement.

Constantin, devenu maître de l’Empire, convoque des évêques à Nicée en 325 pour chercher un accord. Un concile est une assemblée d’évêques ; un symbole de foi est un texte qui résume ce qu’ils confessent.

Il affirme que le Fils est « engendré, non créé, de même substance que le Père » — en grec homoousios. Autrement dit : ce que le Père est, le Fils l'est.

RepèresFait attesté

  • vers 318 — Arius entre en conflit avec son évêque, Alexandre d'Alexandrie.
  • 325 — concile de Nicée, convoqué et présidé dans ses séances solennelles par l'empereur Constantin.
  • Effectifs — plusieurs centaines d’évêques. Les témoins et les listes conservées ne donnent pas tous le même nombre ; le chiffre traditionnel de 318 ne doit pas être présenté comme un décompte assuré. Source et contexte ↗
  • Résultats — un symbole de foi, des condamnations doctrinales visant les formules ariennes, vingt canons disciplinaires, un règlement sur la date de Pâques et sur le schisme mélitien.
  • Signatures — deux évêques refusent de signer : Théonas de Marmarique et Second de Ptolémaïs.

Pourquoi l’enjeu dépasse les mots

Arguments des défenseurs de Nicée

Si le Christ sauve en faisant entrer l’être humain dans la communion de Dieu, ses défenseurs veulent expliquer pourquoi il peut donner ce qu’aucune créature ne possède par elle-même. La question touche aussi l’adoration : comment honorer le Fils tout en confessant un seul Dieu ? Pour leurs adversaires, il faut préserver la singularité du Père sans nier le rôle exceptionnel du Fils. Source et contexte ↗

Ce que Nicée n'a pas fait

Le point est essentiel, et souvent mal rapporté. Le concile ne s'est pas prononcé sur le canon des Écritures : la liste des livres bibliques n'était pas à son ordre du jour, et aucun document ancien ne l'y rattache. Il n'a pas non plus élaboré de doctrine de l'Esprit : le symbole de 325 s'achève, littéralement, sur les mots « Et au Saint-Esprit », sans un développement de plus. Cela ne signifie pas que les chrétiens n’avaient auparavant rien dit de l’Esprit.

Et surtout, Nicée ne clôt pas la crise : les controverses se poursuivent et se recomposent. Les cinquante-cinq années qui suivent sont plus agitées que les précédentes. Constantin lui-même rappellera Arius d'exil ; Athanase, devenu évêque d'Alexandrie, connaîtra cinq exils ; plusieurs conciles ultérieurs produiront des formules concurrentes.

L'objection de vocabulaire, et les partis d'après 325

Une objection est faite dès l'époque et reprise aujourd'hui par les mouvements non trinitaires : homoousios n'est pas un mot biblique. Elle est exacte. La réponse classique, formulée notamment par Athanase, est qu'un mot non biblique peut être nécessaire pour défendre un sens biblique contre une lecture qui utilise, elle, un vocabulaire entièrement scripturaire. Le débat sur la légitimité de ce procédé n'a jamais cessé.

Après 325, le camp opposé n'est pas monolithique. On distingue au moins les homéousiens (le Fils est de substance semblable), les homéens (semblable, sans préciser davantage) et les anoméens (dissemblable). Réduire tout cela à un « arianisme » unique est l'une des simplifications que l'historiographie récente a le plus fermement corrigées.

Désaccord entre spécialistes Sur Arius lui-même, les lectures divergent. Rowan Williams (Arius: Heresy and Tradition, 1987) le relit comme un conservateur alexandrin soucieux de préserver la transcendance de Dieu, non comme un innovateur. R. P. C. Hanson (1988) conteste jusqu'à la pertinence de l'étiquette « arianisme », qui désignerait moins une école qu'une construction polémique de ses adversaires. Lewis Ayres (2004) et Khaled Anatolios (2011) prolongent cette relecture. Les sources primaires sont rares : l'essentiel de ce qu'écrivit Arius ne nous est connu que par des citations de ses adversaires.

« Nicée a-t-il modifié la Bible ? »

Nicée a-t-il modifié la Bible ? Les documents conservés relatifs au concile traitent notamment de la confession de foi, de la discipline et de la date de Pâques. Ils n’attestent pas une révision du texte biblique par le concile. Il faut distinguer ces documents d’un compte rendu intégral des séances, que nous ne possédons pas. Source et contexte ↗

Les manuscrits permettent de comparer des états du texte antérieurs et postérieurs au concile. Les papyrus anciens de Jean attestent déjà une confession élevée de la Parole ; les variations doivent être examinées passage par passage. Les datations paléographiques sont des estimations, pas des dates de copie connues au jour près. La commande de cinquante Bibles faite par Constantin à Eusèbe, vers 331, ne constitue pas à elle seule une preuve de réécriture. Source et contexte ↗

Des variantes de copie existent ; certaines ont été interprétées comme des modifications à portée doctrinale. Les exemples de 1 Timothée 3.16, Jean 1.18 et 1 Jean 5.7-8 n’ont pas la même histoire et ne doivent pas être rassemblés sous une date unique. L’étape 2 explique cette différence entre critique textuelle et décision théologique.

Désaccord entre spécialistes Bart D. Ehrman étudie les variantes susceptibles de refléter des controverses doctrinales dans The Orthodox Corruption of Scripture (1993). L’intention d’un copiste et l’importance d’une variante demandent chaque fois une discussion précise. Ce dossier ne peut pas être réduit à l’idée qu’un concile aurait uniformément retouché les Bibles. Source et contexte ↗

À retenir

En 325, Nicée confesse le Fils « engendré, non créé, de même substance que le Père ». Le concile ne développe pas encore une définition comparable sur l’Esprit.

Pour poursuivre. L’étape suivante suit les débats jusqu’à Constantinople et explique ce qui se précise en 381.

Étape 5 sur 8

Constantinople (381) et les développements ultérieurs

Que précise Constantinople, et pourquoi l’histoire continue-t-elle après 381 ?

Un mot à connaîtreFilioqueAfficher la définitionMasquer la définition

Mot latin signifiant « et du Fils », ajouté en Occident au symbole de 381 pour dire que l'Esprit procède du Père et du Fils. Non reçu dans le symbole des Églises orthodoxes.

La question laissée ouverte en 325 est celle de l'Esprit. Elle devient pressante dans les années 360, quand certains — que leurs adversaires appellent pneumatomaques, « combattants contre l'Esprit » — acceptent la divinité du Fils mais refusent celle de l'Esprit.

En 381, un concile réuni à Constantinople par l'empereur Théodose affirme que l'Esprit « procède du Père » et qu'« avec le Père et le Fils il est adoré et glorifié ». Une étape décisive de la formulation classique est franchie. Sa réception et son explication se poursuivront ensuite.

RepèresFait attesté

  • 343 — concile de Serdique : l'Orient et l'Occident siègent séparément et s'excommunient mutuellement.
  • 357 — formule de Sirmium, qui interdit l'usage d'ousia.
  • 359 — Rimini et Séleucie : une formule homéenne s'impose largement. Jérôme écrira que le monde entier s'étonna de se découvrir arien (Contre les lucifériens, 19).
  • 375 — Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit.
  • mai-juillet 381 — concile de Constantinople, environ 150 évêques, tous orientaux.
  • 451 — Chalcédoine : le concile précise la confession du Christ en deux natures.

Le travail des Cappadociens

Entre 325 et 381, les conciles, les évêques, les controverses et la vie des communautés participent à l’évolution de la doctrine. Les Cappadociens jouent un rôle majeur : Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse distinguent l’ousia, l’essence divine unique, et les hypostases, les personnes distinctes.

Basile consacre un traité à l’Esprit vers 375. Il argumente à partir de l’Écriture, du baptême et des manières de rendre gloire à Dieu. Prière et réflexion théologique se nourrissent mutuellement : la pratique ne suffit pas, à elle seule, à expliquer tout le développement. Source et contexte ↗

Une nuance mérite attention. Le concile de 381 affirme que l'Esprit est adoré et glorifié avec le Père et le Fils, mais il n'emploie pas pour lui le mot homoousios. La formulation reste, sur ce point, délibérément retenue.

Ce qui vient après, et une question d'histoire encore ouverte

Augustin, dans La Trinité (entre 399 et 419 environ), développe une approche latine différente : il part de l'unité de l'essence et cherche des analogies dans la structure de l'esprit humain (mémoire, intelligence, volonté). Cet ouvrage exercera une influence durable sur la théologie latine.

Le Filioque. L’expression latine signifie « et du Fils ». Son insertion dans le symbole est attestée en Espagne, notamment à Tolède en 589 ; elle se diffuse ensuite en Occident et est reçue à Rome en 1014. La question concerne à la fois la manière de parler de la procession de l’Esprit et l’autorité permettant de modifier le symbole commun. Elle contribue à une séparation progressive entre Orient et Occident, dont 1054 est un repère, sans en être l’unique cause. Source et contexte ↗

Désaccord entre spécialistes La réception du symbole transmis sous le nom de Nicée-Constantinople est clairement documentée à Chalcédoine en 451. Les historiens discutent son histoire rédactionnelle et son rapport précis au concile de 381. Il faut distinguer cette enquête sur la transmission du texte de sa réception comme confession des « cent cinquante Pères ». Source et contexte ↗

À retenir

Constantinople est une étape majeure pour la confession de l’Esprit. Le vocabulaire, la réception des symboles et certaines divergences continuent d’évoluer.

Pour poursuivre. Comment les grandes familles chrétiennes reçoivent-elles aujourd’hui cet héritage ?

Étape 6 sur 8

Catholicisme, orthodoxie, protestantisme

Sur quoi ces trois traditions s'accordent-elles, et où passent réellement leurs différences ?

Un mot à connaîtreSola scripturaAfficher la définitionMasquer la définition

Principe de la Réforme selon lequel l'Écriture est la norme dernière de la foi : les conciles sont reçus dans la mesure où l'on juge qu'ils s'y conforment.

Les principales traditions catholique, orthodoxes et protestantes confessent la Trinité. Leur accord porte sur un seul Dieu, la pleine divinité du Père, du Fils et de l’Esprit et leur distinction. Leurs différences concernent notamment le Filioque, l’autorité doctrinale et les manières d’exprimer cette foi.

Trois réceptions

Catholicisme. Exposé au Catéchisme de l'Église catholique, § 232 à 267. Le Filioque est maintenu dans le symbole récité en latin. Le magistère est tenu pour le garant de la formule : le dogme est reçu de l'Église, et sa définition engage l'autorité des conciles et du siège de Rome.

Orthodoxie. Le symbole est récité sans le Filioque, tenu pour un ajout illégitime. La théologie orthodoxe insiste sur la monarchie du Père comme source unique, et distingue l'essence divine, inaccessible, de ses énergies, auxquelles l'homme participe — distinction formalisée par Grégoire Palamas au XIVe siècle. La liturgie, plus que le manuel, y est le lieu où la doctrine se transmet.

Protestantisme. Les principales traditions issues de la Réforme reçoivent les grandes affirmations des premiers conciles et confessent la Trinité dans leurs principales confessions de foi : Confession d'Augsbourg, article I (1530) ; Confession de La Rochelle, article 6 (1559) ; Trente-Neuf Articles, article I (1563) ; Confession de Westminster, chapitre II, § 3 (1647). Mais ils la reçoivent parce qu'ils la jugent conforme à l'Écriture, et non parce qu'un concile l'a décidée.

Un panorama qui ne se limite pas à trois cases

Les Églises orthodoxes orientales — notamment copte, syriaque, arménienne et éthiopienne — confessent aussi la Trinité. Elles doivent être distinguées des Églises orthodoxes de tradition byzantine : leurs séparations historiques concernent notamment la christologie et la réception des conciles. « Orthodoxie » ne désigne donc pas ici une seule histoire. Source et contexte ↗

Écriture, tradition et diversité des lectures

Calvin consacre à la Trinité le chapitre 13 du premier livre de l'Institution de la religion chrétienne. Il y défend l'usage d'homoousios et la confession trinitaire, tout en refusant que l'autorité du dogme puisse précéder celle de l'Écriture : le concile a raison, mais il a raison parce que l'Écriture le dit, non l'inverse.

Le principe de l’autorité biblique n’a pas conduit tous les lecteurs aux mêmes conclusions. Les Églises de la Réforme ont aussi élaboré des confessions communes et des règles d’interprétation. L’exécution de Michel Servet à Genève en 1553, soutenue par Calvin, appartient à une histoire de conflits doctrinaux et de coercition religieuse ; elle ne suffit pas à expliquer l’apparition de tous les mouvements non trinitaires.

Sur le Filioque, un rapprochement s'est amorcé. Le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens a publié en 1995 une clarification sur Les traditions grecque et latine concernant la procession du Saint-Esprit, reconnaissant la légitimité de la formulation orientale ; plusieurs Églises d'Occident récitent aujourd'hui le symbole sans le Filioque dans un cadre œcuménique.

À retenir

Une même confession trinitaire traverse plusieurs familles chrétiennes. L’accord sur cette doctrine n’efface pas leurs différences d’autorité, de vocabulaire et de pratique.

Pour poursuivre. Les contestations de la formule sont elles-mêmes diverses : il faut examiner chaque mouvement séparément.

Étape 7 sur 8

Mouvements non trinitaires ou historiquement partagés

Qui conteste la formule, au nom de quoi, et où en sont ces mouvements aujourd'hui ?

Un mot à connaîtreRestaurationnismeAfficher la définitionMasquer la définition

Conviction qu'une Église a dévié très tôt et qu'il faut rétablir un christianisme d'avant les conciles, plutôt que réformer l'existant.

Les contestations de la formule se développent à différentes époques. Cette étape présente quelques exemples, des courants du XVIe siècle aux mouvements modernes. Ils ne constituent pas un bloc : certains refusent la divinité éternelle du Fils ; d’autres affirment la divinité de Jésus tout en refusant la distinction trinitaire des personnes.

Une règle de méthode s'impose ici plus qu'ailleurs : toujours distinguer la position ancienne d'un mouvement et sa doctrine officielle actuelle. Plusieurs de ces mouvements ont changé, et le dire est une question d'exactitude, non de politesse.

Quelques repères historiques

XVIe siècle. Michel Servet publie en 1531 un traité contre la Trinité ; il est brûlé à Genève en 1553. Fausto Sozzini et les sociniens organisent en Pologne une Église antitrinitaire dont le Catéchisme de Racovie (1605) est le texte de référence. De cette souche viendront les unitariens anglais et américains.

XIXe siècle et mouvements ultérieurs. Un même diagnostic — l'Église s'est corrompue — donne des issues très différentes. Les Témoins de Jéhovah tiennent le Christ pour la première créature et l'Esprit pour une force agissante. Les mormons confessent une Divinité de trois êtres distincts. Les adventistes du septième jour comptent plusieurs pionniers antitrinitaires, mais leur doctrine officielle est aujourd'hui trinitaire. Les christadelphes rejettent la préexistence personnelle du Christ.

Positions comparées sur le Fils et sur l'Esprit
CourantLe FilsLe Saint-EspritPosition du courant décritTexte de référence
Principales traditions trinitaires Engendré, non créé, de même substance que le Père. Dieu, adoré et glorifié avec le Père et le Fils. Trinitaire. Différences notamment sur le Filioque et l’autorité doctrinale. Symbole de 381 ; CEC 232-267 ; Augsbourg I ; La Rochelle 6
Sociniens et unitariens chrétiens de cette tradition Homme élevé par Dieu, sans préexistence personnelle. Puissance de Dieu à l'œuvre, non une personne. Non trinitaire. Catéchisme de Racovie (1605)
Témoins de Jéhovah Première créature de Dieu ; Jean 1.1 rendu par « un dieu ». Force agissante de Dieu, non une personne. Non trinitaire. Devriez-vous croire à la Trinité ? (1989)
Mormons Être distinct du Père, doté d'un corps de chair et d'os. Personnage d'esprit. Divinité de trois êtres distincts, unis en dessein. Doctrine et Alliances 130:22 ; King Follett (1844)
Adventistes du septième jour Pleinement Dieu, éternel. Troisième personne de la Divinité. Trinitaire. Plusieurs pionniers ne l'étaient pas. Croyances fondamentales 2 à 5 (1980)
Christadelphes Fils de Dieu né dans le temps, sans préexistence personnelle. Puissance de Dieu. Non trinitaire. Birmingham Amended Statement of Faith (amendement de 1898 ; texte de 1886)

Le tableau résume des positions publiées ; il n’est pas un classement ni une présentation exhaustive. La ligne socinienne décrit une tradition chrétienne historique, pas tous les unitariens contemporains. Les références anciennes sont distinguées des présentations actuelles. Source et contexte ↗

Un autre cas : les pentecôtistes unicitaires

L’UPCI affirme un seul Dieu révélé comme Père, à travers son Fils et comme Saint-Esprit, et confesse Jésus comme Dieu manifesté en chair. Cette position diffère de la distinction trinitaire de trois personnes éternelles. Elle montre qu’on peut contester la Trinité sans tenir Jésus pour une simple créature. Elle ne représente pas l’ensemble du pentecôtisme, dont de nombreuses Églises sont trinitaires. Source et contexte ↗

Les positions, dans leurs propres textes

Témoins de Jéhovah. La brochure Devriez-vous croire à la Trinité ? (Watch Tower, 1989) expose l'argumentaire de référence : la doctrine serait un emprunt tardif à la philosophie grecque, absent de la Bible. La Traduction du monde nouveau rend par « la Parole était un dieu », choix défendu par le mouvement, qui diffère des cinq traductions proposées ici. La portée de l’absence d’article et du nom attribut doit être discutée dans la construction grecque complète, et non à partir de la seule présence ou absence de l’article.

Mormons. La Doctrine et Alliances 130:22 affirme que le Père et le Fils ont un corps de chair et d'os, et que le Saint-Esprit est un personnage d'esprit. Le discours de King Follett (1844) prolonge cette conception. Plusieurs historiens observent que les formulations des tout premiers textes du mouvement, vers 1830, sont plus proches d'un modalisme que de la position ultérieure — le mouvement lui-même a évolué. En 2001, la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi a répondu que le baptême conféré dans cette Église ne pouvait être reconnu comme valide, précisément en raison d'une conception différente de la Divinité.

Adventistes du septième jour. C'est le cas le plus net de basculement documenté. Des pionniers comme Joseph Bates, James White ou Uriah Smith ont écrit contre la doctrine trinitaire. La position officielle actuelle est trinitaire : elle est formalisée dans les croyances fondamentales adoptées en 1980, croyances 2 à 5. L'histoire interne de ce déplacement a été étudiée par des chercheurs de la confession elle-même (Whidden, Moon et Reeve, The Trinity, 2002).

Christadelphes. Le Birmingham Amended Statement of Faith (amendement de 1898 ; texte de 1886) sert de référence doctrinale : Dieu est un, le Christ est son Fils né dans le temps, l'Esprit est la puissance de Dieu.

Désaccord entre spécialistes L'ampleur exacte de l'antitrinitarisme adventiste des origines, et le rôle joué par les écrits d'Ellen White dans le basculement doctrinal, font l'objet de lectures divergentes, y compris à l'intérieur de la confession. Certains y voient une clarification progressive, d'autres une rupture avec la position des fondateurs.

À retenir

Les mouvements non trinitaires proposent des réponses différentes. Leur histoire et leur doctrine actuelle doivent être distinguées ; décrire leur position ne juge pas les personnes.

Pour poursuivre. Comment ces conceptions influencent-elles concrètement la prière et la vie des Églises ?

Étape 8 sur 8

Ce que cela change dans la vie de l'Église

Quelles conséquences concrètes ces conceptions ont-elles sur la prière, le baptême, les chants et le culte ?

Un mot à connaîtreLex orandi, lex credendiAfficher la définitionMasquer la définition

Formule latine qui relie la règle de la prière et la règle de la foi. Prière et doctrine s’influencent mutuellement.

Ces choix ne restent pas dans les livres. Ils décident à qui l'on adresse la prière, avec quels mots on baptise, ce que l'on chante, ce que l'on prêche — et jusqu'à la reconnaissance mutuelle entre Églises.

C'est d'ailleurs souvent par là qu'on rencontre la doctrine avant d'en connaître le nom : un cantique, une formule de bénédiction, la manière dont quelqu'un commence sa prière.

Cinq lieux où cela se voit

La prière. Les formulations de louange expriment des relations : au Père, par le Fils, dans l’Esprit ; ou la glorification conjointe des trois. Basile défend notamment l’honneur rendu à l’Esprit « avec » le Père et le Fils. Il ne faut pas réduire l’ensemble de son traité à deux slogans opposés. Source et contexte ↗

Le baptême. La formule de est employée par la quasi-totalité des Églises. Mais sa validité peut être contestée d'une Église à l'autre lorsque les mots recouvrent une conception différente de Dieu : c'est exactement le motif de la décision romaine de 2001 concernant le baptême mormon.

Les chants. Les hymnes contribuent à transmettre la foi. Ambroise de Milan compose des hymnes contre l'arianisme ; Arius lui-même, selon ses adversaires, diffusait sa doctrine par des chansons. « Saint, saint, saint » de Reginald Heber (1826) est explicitement trinitaire jusque dans sa dernière strophe.

La prédication et la catéchèse. Pour les trinitaires, la croix concerne le Fils divin devenu homme. Les mouvements qui le tiennent pour une créature interprètent autrement la médiation et l’action de Dieu en lui. Les uns et les autres peuvent attribuer à la croix une importance centrale, avec des explications différentes.

Le calendrier et le culte. Le dimanche de la Trinité, généralisé pour toute l'Église latine en 1334, marque cette doctrine dans l'année liturgique elle-même.

Le principe qui relie tout cela

La formule lex orandi, lex credendi, inspirée de Prosper d’Aquitaine au Ve siècle, relie la règle de la prière et la règle de la foi. Elle rappelle que les pratiques liturgiques participent à l’expression et à l’élaboration de la doctrine. Cela n’exclut pas l’influence réciproque de la doctrine sur la prière.

Trois conséquences pratiques méritent d'être signalées, parce qu'elles se rencontrent aujourd'hui.

La reconnaissance des baptêmes entre confessions repose sur la formule trinitaire et sur le sens qu'on lui donne : c'est un point d'unité réel entre catholiques, orthodoxes et protestants, et une ligne de séparation avec les mouvements non trinitaires.

L'invocation de l'Esprit — l'épiclèse dans les liturgies orientales, la prière adressée à l'Esprit dans certains cantiques — n'est pas pratiquée de la même manière partout, y compris à l'intérieur du protestantisme, où certains estiment que l'Écriture donne le modèle d'une prière adressée au Père.

L’importance donnée au Christ, au Père ou à l’Esprit peut varier selon les communautés et leur répertoire de chants. Sans étude précise d’un ensemble de cantiques, on ne peut pas attribuer le même équilibre ou déséquilibre à toutes les Églises contemporaines.

À retenir

La doctrine influence la prière, le baptême, les chants et la prédication. Les pratiques ne se déduisent pourtant pas mécaniquement d’une étiquette confessionnelle.

Pour poursuivre. Vous pouvez terminer par la synthèse du parcours ci-dessous, puis revenir à une étape quand vous le souhaitez.

Faire une pause

Le parcours en cinq idées

  1. La doctrine trinitaire affirme un seul Dieu, avec une distinction réelle du Père, du Fils et de l’Esprit.
  2. Les textes bibliques constituent le point de départ commun ; leur articulation fait l’objet de lectures différentes.
  3. Les controverses ont conduit à préciser les mots. Nicée, en 325, porte surtout sur le Fils ; Constantinople, en 381, marque une étape majeure concernant l’Esprit.
  4. La réception des formulations s’est poursuivie au fil des siècles. Les traditions chrétiennes ne donnent pas toutes la même autorité aux conciles et ne confessent pas toutes la Trinité.
  5. Ces choix prennent une forme concrète dans la prière, le baptême et le culte, avec des pratiques diverses.

Vous n’avez pas besoin de tout retenir. Pouvoir expliquer ces cinq idées avec vos propres mots est déjà un bon point d’appui. Revenez ensuite aux passages bibliques, à la chronologie ou aux sources selon vos questions.

Replacer les idées dans le temps

L'histoire devient plus claire
lorsqu'on voit le chemin.

Vingt-six repères, du premier siècle à aujourd'hui — les six jalons décisifs sont dorés. Survolez ou touchez une date pour lire son explication ; cliquez pour ouvrir l'étape qui la traite.

Faites défiler horizontalement ou utilisez ces repères

Les documents

Sources

Textes de référence pour poursuivre à votre rythme. Les liens indiquent leur langue. Distinguez les documents anciens, les présentations confessionnelles et les interprétations des historiens. Les références bibliographiques complémentaires figurent plus bas.

Deux extraits pour lire les formulations elles-mêmes

Nicée (325), à propos du Fils : « Engendré du Père, unique engendré, c’est-à-dire de la substance du Père […] vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, de même substance que le Père. »

Symbole traditionnellement rattaché à Constantinople (381) : « Et en l’Esprit Saint, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père, qui avec le Père et le Fils est adoré et glorifié, qui a parlé par les prophètes. »

Extraits, traductions françaises de travail, non éditions liturgiques officielles. Le symbole de 325 mentionne simplement « et en l’Esprit Saint ». L’attribution et la transmission du symbole rattaché à 381 ne se confondent pas avec les documents conservés des séances. Texte du symbole et notice historique (anglais, 1911) ↗.

Définir la doctrine

Catéchisme, § 232–267 (anglais) ↗

Présentation catholique : un texte confessionnel, à distinguer d’une reconstruction historique.

Avant Nicée

Irénée, Contre les hérésies I, 10 (grec et anglais) ↗

Irénée expose déjà une règle de foi au IIe siècle : des critères doctrinaux existent avant les conciles du IVe siècle.

Le vocabulaire de Tertullien

Contre Praxéas, notamment chap. 2 (anglais) ↗

Tertullien articule unité de substance et distinction des trois ; son vocabulaire ne se superpose pas sans nuance à celui des siècles suivants.

La Sagesse et le Christ

Athanase, Discours contre les ariens II (anglais) ↗

Proverbes 8 fait parler la Sagesse personnifiée. Son application au Fils appartient à l’histoire de l’interprétation chrétienne.

Les débats sur homoousios

Athanase, Sur les synodes, notamment § 43–45 (anglais) ↗

Le témoignage sur Paul de Samosate est rétrospectif ; les récits ultérieurs ne sont pas des procès-verbaux contemporains.

Nicée (325)

Théodoret, Histoire ecclésiastique I (anglais) ↗

Ce récit transmet le symbole de Nicée. Nous ne possédons pas un compte rendu complet de toutes les séances.

L’Esprit et Constantinople

Basile, Sur le Saint-Esprit (anglais) ↗

Voir notamment les chapitres 9, 16, 18 et 27 sur la place de l’Esprit et la manière de le glorifier.

La procession de l’Esprit

Catéchisme, § 245–248 (anglais) ↗

Ce texte présente la compréhension catholique du Filioque ; ce n’est pas une déclaration commune de toutes les Églises.

Les confessions protestantes

Confession d’Augsbourg, article I (anglais) ↗

Autres repères : La Rochelle, art. 6 ; Trente-Neuf Articles, art. I ; Westminster, chap. II, § 3. Ces textes concernent des familles confessionnelles précises.

Les Églises orthodoxes orientales

Conseil œcuménique des Églises (français) ↗

Les Églises copte, arménienne et syriaque, entre autres, confessent aussi la Trinité. Elles ne doivent pas être confondues avec les Églises orthodoxes de tradition byzantine.

Les mouvements dans leurs textes

Doctrine et Alliances 130:22 (français) ↗ ; Croyance adventiste sur la Trinité (anglais) ↗ ; Position des Témoins de Jéhovah (français) ↗.

Histoire des déclarations de foi, John Carter (anglais) ↗

La déclaration de Birmingham date de 1886 ; son amendement date de 1898. La désignation Amended correspond à la version amendée.

Le pentecôtisme unitaire

United Pentecostal Church International, Our Beliefs (anglais) ↗

Ce mouvement affirme la pleine divinité de Jésus et refuse une distinction de trois personnes divines. Cette position diffère de l’unitarisme socinien.

Les témoins manuscrits

Bibliothèque vaticane : papyrus P75 (PDF, anglais) ↗

Les datations paléographiques comportent une marge d’incertitude. Un manuscrit atteste un texte, sans trancher à lui seul son interprétation doctrinale.

Éditions et variantes bibliques

Jean 1 dans Tischendorf (grec) ↗

Les extraits grecs intégrés reprennent Tischendorf, 8e édition (1869–1872) ; l’hébreu suit le Westminster Leningrad Codex. Ce sont des textes édités à partir de manuscrits, et non les manuscrits originaux des auteurs.

Textes anciens

  • Pline le Jeune, Lettres, X, 96 (v. 112)
  • Didachè, 7
  • Théophile d'Antioche, À Autolycus, II, 15
  • Tertullien, Contre Praxéas
  • Origène, Traité des principes
  • Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin
  • Athanase, Sur les décrets de Nicée ; Sur les synodes
  • Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit (375)
  • Grégoire de Nazianze, Discours théologiques
  • Jérôme, Contre les lucifériens, 19
  • Augustin, La Trinité

Documents conciliaires et textes officiels

  • N. Tanner (dir.), Decrees of the Ecumenical Councils, 1990
  • Denzinger-Hünermann, Symboles et définitions de la foi catholique
  • Catéchisme de l'Église catholique, § 232-267
  • Confession d'Augsbourg, art. I (1530)
  • Confession de foi de La Rochelle, art. 6 (1559)
  • Trente-Neuf Articles, art. I (1563)
  • Confession de Westminster, ch. II, § 3 (1647)
  • Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, Les traditions grecque et latine concernant la procession du Saint-Esprit (1995)
  • Congrégation pour la doctrine de la foi, réponse du 5 juin 2001 sur le baptême conféré dans l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours

Travaux universitaires

  • J. N. D. Kelly, Early Christian Doctrines ; Early Christian Creeds
  • E. Honigmann, « La liste originale des Pères de Nicée : à propos de l’évêché de “Sodoma” en Arabie », Byzantion 14 (1939), p. 17–76
  • R. Williams, Arius: Heresy and Tradition, 1987
  • R. P. C. Hanson, The Search for the Christian Doctrine of God, 1988
  • B. Sesboüé et J. Wolinski, Le Dieu du salut (Histoire des dogmes, t. 1), 1994
  • L. Ayres, Nicaea and its Legacy, 2004
  • J. Behr, The Nicene Faith, 2004
  • K. Anatolios, Retrieving Nicaea, 2011

Textes bibliques

  • La Sainte Bible, trad. Louis Segond, 1910 — texte de toutes les citations (domaine public)
  • Nouvelle Bible Segond, Société biblique française – Bibli’O, 2002
  • La Bible du Semeur, Biblica, 2015
  • Parole de Vie, Société biblique française – Bibli’O, 2017
  • La Sainte Bible, trad. J. N. Darby, 1890 (domaine public)
  • Nouveau Testament grec : C. Tischendorf, Novum Testamentum Graece, 8e éd., 1869-1872
  • Ancien Testament hébreu : Codex de Léningrad (Westminster Leningrad Codex)
  • J. Strong, Exhaustive Concordance, dictionnaires grec et hébreu (numéros Strong)

Publications des mouvements

  • Watch Tower, Devriez-vous croire à la Trinité ? (1989)
  • Doctrine et Alliances, 130:22 ; discours de King Follett (1844)
  • Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, essai « La Divinité »
  • Église adventiste du septième jour, croyances fondamentales 2 à 5 (1980)
  • W. Whidden, J. Moon, J. Reeve, The Trinity, 2002
  • Birmingham Statement of Faith (1886), amendée en 1898
  • Catéchisme de Racovie (1605)

Pour aller plus loin